mardi 3 avril 2012

Lorsque viendra le printemps (Quando vier a Primavera)

Lorsque viendra le printemps,
si je suis déjà mort,
les fleurs fleuriront de la même manière
et les arbres ne seront pas moins verts
qu’au printemps passé.
La réalité n’a pas besoin de moi.
J’éprouve une joie énorme
à la pensée que ma mort n’a aucune importance.
Si je savais que demain je dois mourir
et que le printemps est pour après-demain,
je serais content de ce qu’il soit pour après-demain.
Si c’est là son temps, quand viendrait-il sinon
en son temps ?
J’aime que tout soit réel et que tout soit précis ;
et je l’aime parce qu’il en serait ainsi, même
si je ne l’aimais pas.
C’est pourquoi, si je meurs sur-le-champ, je meurs content,
parce que tout est réel et tout est précis.
On peut, si l’on veut, prier en latin sur mon cercueil.
On peut, si l’on veut, danser et chanter tout autour.
Je n’ai pas de préférences pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand cela sera, c’est cela qui sera ce qui est.

1915 -Fernando Pessoa.












note : le printemps est là, je pense aussi à Tabucchi et Pessoa.

2 commentaires:

  1. "Je n’ai pas de préférences pour un temps où je ne pourrai plus avoir de préférences" Je ne suis pas tout à fait d'accord avec Pessoa. Je préfèrerais que l'avenir soit radieux pour mes enfants et leurs contemporains même si je ne suis plus là pour le voir !

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  2. Madleine > Je te comprends. J'y vois l'idée surtout que ce seront ceux qui vivront qui décideront.

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