samedi 21 avril 2012

Ah, que ça fait du bien !

Je ne résiste pas au plaisir de partager cet article.
Le lien est ici, vous aurez les commentaires, mais voici le texte en lecture directement :

Le sanglot du vieux con

Dans l'Angleterre un brin décadente du XVIIIème siècle, il était du dernier chic, pour un aristocrate, d'héberger un ermite au fond de son parc pour racheter ses péchés (1). Dans le PAF de la Sarkozye finissante, et chez Taddéi en particulier, il est devenu tendance d'exhiber son ou ses réacs, pour racheter le péché supposé de boboïtude.
Zemmour a ouvert la voie du PAF à ceux qui, en boucle, disent et redisent qu'ils ne peuvent plus rien dire. Mais attention ! N'est pas estampillé « réac» vintage qui veut, malgré les efforts notoires d'impétrants tels que Robert Ménard, un peu parvenu de la « vieux con attitude », ou Éric Brunet, trop banalement néocon.
Alors on sort les sépulcres blanchis des oubliettes du placard, travestis en révélations du mois. Finkielkraut s'use et nous use un brin? Nemo reprend du service. Les glapissements d'Élisabeth Lévy ont eu raison des spectateurs les plus endurants? Natacha Polony prend la relève. Grillé, Millet (2)? On arrache Tillinac à la recherche des cèpes en Limousin. Il ne manque plus que Paul Guth pour La Nuit des Morts vivants !
Pluralisme, ou mode rétro ? Ne confondons pas les torchons et les serviettes. Le réac ne s'assume pas « néo », mais franchement conservateur. On ne va pas se cantonner à l'ultralibéralisme inculte des cousins d'outre Atlantique, ces ploucs (qu'on défendra pourtant becs et ongles il s'agit d'attaquer les Mahométans, c'est notre civilisation, tout de même, y compris s'ils votent Santorum et croient qu'Adam et Ève gambadaient avec les dinosaures).
Mais à l'inverse du conservateur yankee redneck et fier de l'être, qui au mot culture sort la winchester, le réac français en fait son panache et blason. Ses valeurs proclamées, d'ailleurs, ont le charme discret de l'histoire revue et corrigée par Lavisse. Même si trois gamins à capuche lui font piteusement baisser le nez dans le métro, il se rêve chevalier Bayard. Don Quichotte, il trouve ses moulins à vents outre-périph, aux pieds des tours, dans ces barbaries où une Élisabeth Lévy, Jeanne d'Arc des temps modernes, ne saurait s'aventurer en jupe. (Ce que nombre de gamines court-vêtues, ignorantes de leur héroïsme, font quotidiennement).
Humanités versus humanité
Chez ces gens là, monsieur, on conspue le droitdelhommisme, mais on n'a pas assez de majuscules pour célébrer les Humanités à défaut d'apprécier les humains. Humanités grecques et latines, blanches et chrétiennes : l'universalité de l'art et la culture n'arrache que ricanements méprisants. «Ce qui nous dépasse, feignons de l'ignorer», à l'instar de Luc Ferry résumant la musique africaine au tam-tam, ou de Philippe Val réduisant les collections du quai Branly à « l'étui pénien ».
Et puis, la culture, ce n'est pas pour tout le monde, même quand on verse une larme de crocodile estampillé « républicain » sur l'école et le français pour entonner« tout fout le camp ! » (3).  L'art et la littérature, ça se mérite – et le fait que cela se mérite un peu moins quand on nait entouré de bibliothèques et de tableaux qu'en leur absence n'est pour ces gens là que divagation bourdieusienne (leur grande haine, à son grand honneur).
L'ambigüe notion de méritocratie permet de conserver un délicieux entresoi : nous sommes dans un salon, ma bonne dame, pas question d'y laisser les romanichels entrer, comme dirait le bon Martin Bouygues, qui, lui, s'occupe des cerveaux du peuple.
Au demeurant, les faits sont têtus et accablants: quand il s'agit de se battre pour l'enseignement de La Princesse de Clèves, d'Aristote et de Sénèque dans le texte au lycée et à l'université, les pleureuses de Causeur.fr démissionnent, comme en témoigne leur remarquable absence dans cette pétition. On intitule le dernier opus du mur des lamentations de la réacosphère (4) Crime contre les Humanités, mais on fait l'impasse sur leurs défenseurs : Florence Dupont, Barbara Cassin, Alain Badiou, Bernard Stiegler. Des universitaires rouges qui ont le front de revendiquer La Princesse de Clèves pour tous, et d'estimer l'enseignement de l'arabe classique aussi important que celui du latin! Et voilà pourquoi vos Lévy et Polony sont muettes...
Le monopole des lettres, tendance Lagarde et Michard
Comme le réac entretient un rapport quelque peu distancé à la réalité, cette chose vulgaire (5),  sa grande affaire, ce sont les Lettres. Las de disputer à la gauche le monopole du cœur, il revendique celui de la littérature. Pas n'importe laquelle, il a ses hérauts. Moins Céline, trop gênant que d'aimables seconds couteaux tels Antoine Blondin. À défaut de contenu, d'invention, de regard sur le monde, il idolâtre le style, le coup de griffe, la rosserie bien française, le dandysme, fût-il en charentaises. Tiens, Oscar Wilde, au hasard ? Pas de chance, il eut des sympathies socialistes !
En matière de littérature, chaque camp politique a connu ses boursouflures, ses fausses gloires et ses vraies comètes. On se contetera de soupirer à les voir encenser un ex-phalangiste besogneux, exécuteur des basses œuvres de Gallimard, ou  prendre les gros sabots boueux de Tillinac pour le panthéisme de Giono. S'obstiner à préférer Richard Millet à Chamoiseau devrait nous esbaudir devant tant de constance dans la clairvoyance de vieille taupe: il y a cinquante ans, leur digne ancêtre plumitif Jean-Jacques Gautier conspuait Beckett dans Le Figaro... Quant au devenir de Renaud Camus, auteur de romans et commissaire d'expositions jadis estimables (6), réduit à défendre Rioufol après avoir compté les juifs à France-Culture, il ne mérite que commisération. 
L'excellent Hanif Kureishi m'a un jour avoué qu'à l'opposé de la poésie, la littérature était, foncièrement, une occupation bourgeoise. Ses romans le démentent, mais toute la prose de ces soi-disant défenseurs des Lettres et des Beaux-Arts l'illustrent. Avec une admirable constance, ils persistent et signent dans la haine de l'art vivant, de ce qui bouscule, du chaotique, du mal-léché. Ils idolâtrent Baudelaire pour sa haine de la démocratie, mais vis-à vis de beauté surgie du laid et du barbare qu'il a célébrée, ils ont le regard d'Homais.
Ils se rêvent hussards, ils ne sont que Bouvard. Avec ou sans Pécuchet.

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