mercredi 14 mars 2012

hISTOIRE

Cas typique d'histoire personnelle croisée en plein avec la grande même si elle n'est pas très belle...
Accessoirement : prise en pleine gueule ...
Il y a 50 ans, c'est bientôt : les accords d'Evian du 18 mars 1962.
Je suis né en Algérie en 1960. Je ne me rappelle rien. J'en ai toujours entendu parler. Petit, cette brisure chez les miens, j'y ai été plongé, j'ai infusé dedans.
Jusqu'à la nausée. Surtout dans les années 60, un peu moins les 70, où j'entendais parler de "là-bas"... Où je sentais confusément ce racisme anti -arabe, plus ou moins larvé, avec ces mots dégradants. 
Mon grand-père maternel (qui était très proche de nous) indéfectiblement, je le comprends, s'en est-il jamais remis ? Il a été le porteur de cette mémoire, de cette tristesse, de ce ressentiment jamais éteint, cet abandon vécu comme une trahison...
J'ai été assez rapidement à l'écart de "tout ça". Incompréhension, car je n'y comprenais rien.
Aujourd'hui évidemment je comprends mieux, avec le recul, les années. Je comprends la charge émotionnelle et affective forte, le déracinement, les conditions du départ portant atteinte à la dignité, et l'hostilité de l'accueil en France. Se sentir aussi chassé de chez soi, les difficultés matérielles pour recommencer, reconstruire une vie.
J'y vois aussi l'éclatement des familles, les chamboulements que cela a provoqué, un éparpillement qui a fait qu'on était moins soudé, moins proche, davantage livré à soi-même, en proie à l'inconnu sans le filet protecteur plus ou moins lâche de la famille au sens large... Changement d'échelle, changement de vie, insécurité devant l'inconnu...

Aujourd'hui, cicatrices visibles et ineffaçables, on peut enfin réexaminer les choses, leur complexité, comprendre les motivations et le ressenti des uns comme des autres. C'est bien, sans que cela efface la souffrance du moment et d'après...
Et puis au plan politique, le cliché très ancré du pied-noir à l'extrême droite a volé en éclat. Il y en a eu évidemment, mais il y a eu aussi en 1965 des votes "anti-De Gaulle" pris au pied de la lettre, alors qu'il y a des modérés, des gens de droite et de gauche, et aussi des déçus et méfiants de la politique.
Avoir été traité de colonialiste, de profiteur, je comprends sans aucun mal que ça choque, et cela fit partie des simplifications outrancières à gauche... Oui ça fait mal quand on est d'une  famille modeste ou moyenne descendant de maçons ou de militaires...Totalement injuste.
J'ai regardé l'autre soir un documentaire "la déchirure" de Benjamin Stora. J'y ai appris, je me suis remémoré des faits historiques que j'avais oubliés. Je lirai sans aucun doute quelques articles ou dossiers. 
Mais il  y a des choses qui resteront loin de moi, il y a forcément des complexités qui m'échappent, et pour cause car faisant partie de la génération "moderne", je n'ai jamais rien revendiqué, je n'ai jamais supporté ce racisme, j'ai toujours voté à gauche. Ce qui n'est certes pas un cas très répandu dans la famille. Voilà, je reste un peu marginal parmi les miens sur la question car je n'en ai jamais considéré uniquement l'aspect affectif et un peu irrationnel qui était véhiculé dans la famille...

6 commentaires:

  1. Ce texte est très touchant pour moi et j'ai vécu aussi dans cette ambiance. C'est vrai qu'étant moi aussi de conditions modestes, j'ai vu le déracinement de gens qui étaient très attachés à leur terre de naissance. Mais le temps a passé et il faut aussi savoir tirer un trait . Il y a eu des souffrances de part et d'autre. Maintenant l'avenir c'est de construire. Le souvenir doit rester mais avec les paysages dans les yeux, les émotions, les rires… plus la rancœur.

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  2. Obni> merci, pour ces mots justes.

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  3. Hier soir j'ai assisté à la représentation de la pièce Invisibles et si tu permets j'y vois un écho à ce billet ...
    (je crois qu'elle passe près de chez toi bientôt non ?)

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  4. Madeleine > Merci. Veux-tu parler du 29 mars à Saint-Nazaire ?

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  5. Oui mais peut-être que je me trompe !

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  6. Madeleine > ben non, Nantes//Saint-Nazaire ça marche !

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