lundi 16 janvier 2012

J Edgar, un film de Clint Eastwood

Un biopic. Un de plus, pourrait-on dire.
Mais avec Eastwood, on ne sait pas toujours ce qu'il va se passer, même si son cinéma est dit "classique".
Son sujet, le chef redouté du FBI, J Edgar Hoover qui a régné près de 50 ans.
Cela  cela ne se réduit pas seulement à lui, car il y a, forcément, une plongée dans une bonne partie de l'histoire du XXe siècle aux Etats-Unis, période qu'il conviendrait éventuellement de "réviser" un peu avant, pour se familiariser ou se remettre dans le coup.
Car le traitement historique est allusif. Ce qui renvoie à plusieurs points.
D'abord à la narration en voix off, souvent monocorde, qui semble posée comme pour dire et servir l'objectivité, alors qu'en réalité (on le comprend progressivement) c'est sa version que nous sert Hoover, lequel au passage n'hésite pas à enjoliver son rôle, pour nourrir le mythe ou la légende. Le pur délire sur les communistes est bien éclairant du propos. Cette voix off donc, il faut s'y faire, c'est celle d'Hoover qui dicte ses mémoires à divers jeunes assistants qui se succèdent le long du film, ce qui donne un dispositif filmique au montage alterné, plutôt habile et réussi, faisant sens constamment, avec des flashbacks qui viennent éclairer ce que raconte Hoover. Cette voix donne au film une atonalité étrange mais intrigante.
Ensuite, le point de focalisation d'Eastwood n'est pas la trame événementielle mais, le titre le suggère, Hoover lui-même, homme à la personnalité troublée et contradictoire, au rapport étroit avec sa mère, en difficulté avec les femmes et à la relation homosexuelle (consommée ou pas ?) complexe et très triste avec son n°2, Clyde Tolson.


Il y a très peu d'effets dans le film, au risque de passer pour morne et sans relief. Intéressant aussi : il n'y a aucune nostalgie.
Question réserves, on jugera bien sûr peu heureux les postiches marquant le vieillissement des protagonistes, surtout Clyde Tolson, le petit ami de Hoover. La scène de la mort de la mère m'a semblée lourde, j'ai pensé à plusieurs reprises qu'Eastwood avait eu la main trop nettement mélo alors qu'une touche plus allusive aurait suffi.
Par contre, Leonardo Di Caprio, qui "délaisse" Scorsese, est bien, il incarne au mieux l'exaltation obsessionnelle à construire le mythe tout comme l'incroyable fragilité dans le privé. Il y a assez peu de place en définitive pour les autres personnages (même Tolson), si ce n'est la mère de Edgar, avec la forte présence de Judi Dench, et Naomi Watts très bien en secrétaire discrète, fidèle dans l'ombre et même après la mort de Hoover. Et certains gros plans qui serrent de près les personnages, dans l'ombre, sont remarquablement étouffants.
Film finalement trouble sur un personnage qui ne l'est pas moins, sans jugement ni condamnation, ne forçant quasiment pas le trait,  mais mettant en évidence les zones d'ombres, les méthodes illégales et brutales, les mensonges derrière l'histoire officielle telle que la proposent les medias. Un film sans envolées, sans angélisme, sans putasserie.
Un film plus profond qu'il ne paraît, qui diffuse chez le spectateur, même après la séance.

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