mardi 18 octobre 2011

Péremption

Le souci presque maladif de précision qui me caractérise m'amène à étudier si ce n' est éplucher inspecter (non plus) lire de A à Z les notices, les emballages, ce que je mets sur le compte à la fois de ma traque effrénée de la dimension poétique de l'éphémère dans sa splendeur dérisoire, sur ma volonté de donner une image de consommateur averti à qui on ne la fait pas, et d'une habitude contractée très petit où, même avant l'âge officiel du plein apprentissage de la lecture, je lisais absolument TOUT ce qui me tombait sous la main, y compris les lettres de la marque du frigo.
C'est donc parce que  vous êtes peut-être passés à côté de merveilles et autres plaisirs que je m'en vais vous conter de ce pas dans une sorte de voyage au pays des étiquettes (ou : la péremption,comment ça marche ?) ce que j'ai découvert.
Sans être péremptoire, la péremption, c'est - vous le savez bien - le fameux "à consommer avant" ou "jusqu'à"... mais plutôt "avant", amis du marketing, bonjour, et merci de nous mettre la pression, y compris sur la petite bouteille de tabasco et autres canailleries au piment  qui, question périssable, ne craignent pas grand-chose. Car, avouons-le, un amateur - même moyen- de piment achètera dans sa vie de mangeur de piment combien de bouteilles, hein ? Allez, pas des tonnes, et en plus c'est même pas vendu en packs de 12. Parce qu'alors, si c'est plus, il risque de se faire coffrer comme trafiquant.
Selon le produit, c'est bien connu, l'emballage change. Mais ce sera bien la seule chose.
Car il y a des constantes. Jugez-en.
Je prends mon pot de moutarde, au hasard dans le placard à provisions, et, pour monter une vraie expérimentation scientifiquement valide, n'importe lequel dans le pack de 12. J'avais une idée avec l'opercule fraîcheur, la capsule jaune, vous voyez. Eh bien, que lis-je ? "à consommer de préférence avant la date indiquée sur le sceau de garantie". J'ai bien fait de le lire avant car d'habitude le sceau de garantie il est direct poubelle après ouverture et adieu la péremption. J'ai donc ouvert un petit calepin et j'ai noté le renseignement pour ce pot (type verre à moutarde, rangé en haut à gauche de la 2e étagère, côté droit , le jour de l'observation) cette fameuse date, pour anticiper sur la connerie inévitable du sauvage qui ouvrira ce pot en saccageant le sceau de garantie.
Poursuivant mon enquête, et tirant de plus belle sur ma pipe, tel un commissaire Maigret dubitatif mais pugnace, j'empoignais une conserve au hasard et je lus : "à consommer avant voir date sur l'un des fonds de la boîte". Ce qui renforça mon air interrogatif. Le fond, oui mais lequel ? Intérieur ? Extérieur ? Haut ? Bas ? De quoi rester songeur, même si les boîtes dans leur grande bonté n'ont que DEUX fonds.
Je redoutais de découvrir bientôt une mention du genre " à consommer de préférence avant d'avoir ouvert", si ce n'est " à consommer de préférence avant solution dans notre prochain numéro".

Persévérant, je trouvai ensuite un " à consommer de préférence avant voir date figurant sur emballage".
Euh, ça tombe bien, je viens de tout verser le contenu dans un saladier, j'ai déjà balancé le reste. Enquête dans la poubelle, bref, je vous passe les détails, le marc de café, le gras du poulet... et puis ils pourraient pas causer français non ? Z'avez vu la tournure des phrases ? La syntaxe, MERDE !
J'ai aimé "à consommer de préférence avant voir ci-contre", ce qui nous mettait exactement à trois millimètres sur la droite et je me demande encore pourquoi ils ne l'ont pas écrit directement avant ci-contre.
C'était du poivre, peut-être que ça a un rapport ?
Je n'insisterai pas non plus sur une délicate formule " à consommer avant (jour) (mois) (année)date limite d'utilisation optimale ", écrit sur le rabat d'une boîte de céréales, rabat que l'on explose complet en ouvrant, vous l'auriez parié, car en plus ils ont raté l'oscar de l'emballage...
Non, j'ai une petite faiblesse, pour "à consommer de préférence avant voir au dos" avec ses variantes "voir sur le côté" (ça doit être de profil ) ou encore "voir au dos du paquet" ce qui constitue une précision d'expert entomologiste indispensable, car j'étais déjà parti chercher dans le dictionnaire...
Instructif, un peu inattendu, ce petit périple du genre " envoyé spécial chez moi", bonjour je vous parle en direct de mon  placard à provisions valait le (petit) détour.
Même si j'aurais aimé lire une petite formule du genre "à consommer avant le cachet de la poste faisant foi... dans le dos".
Allez, ce sera pour une autre fois.

2 commentaires:

  1. Un coup à se couper l'appétit et balancer le yaourt pas périmé au vide-ordure !!

    RépondreSupprimer