lundi 3 octobre 2011

Au nom du peuple

Extraits :


Il est très mal vu, dans le monde des médias officiels, qu'ils soient de gauche ou de droite, de célébrer la décence des gens ordinaires ou la capacité du peuple à se gouverner directement lui-même.
Il s'agirait là au mieux d'une illusion rousseauiste (chacun "sait bien" en effet que l'homme est mauvais par nature et donc toujours prêt à nuire à ses semblables) et, au pis, d'idées populistes, "dont on ne sait que trop où elles peuvent nous mener".
Il est néanmoins curieux que le zélé personnel médiatique ne songe jamais à appliquer son anthropologie négative aux élites elles-mêmes.
Il tient toujours pour acquis, en effet, que ceux qui nous gouvernent - ou dirigent les grands institutions internationales (du FMI à la banque Mondiale en passant par l'ONU) - sont, quant à eux, des individus admirables qui s'efforcent, en toute circonstance, d'accomplir leur devoir du mieux possible. La maxime du "tous pourris" serait donc, en résumé, immonde lorsqu'elle est appliquée aux classes dominantes mais tout-à-fait plausible, en revanche, dès qu'elle concerne les gens ordinaires.
Et, de fait, il n'existe aucun mot, dans le vocabulaire politique officiel, pour désigner ce qui serait l'attitude symétrique du "populisme", à savoir la tendance à idéaliser le monde des élites et à protéger en permanence leur réputation (ce qui constitue un bon résumé je crois du métier de journaliste moderne qu'il s'exerce sur TF1 ou Canal +).
Sauf peut-être le verbe "ramper".

(c) Jean-Claude Michéa, Le Complexe d'Orphée, livre qui sort cette semaine...

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire